Le parrain de la musique mondiale
Juin 1967, un festival de musique en Californie. Un joueur de sitar, d’un
âge moyen, regarde Jimi Hendrix mettre feu à sa guitare. La foule applaudit, et
Ravi Shankar est horrifié.
Monsieur Shankar, décédé le 11 décembre
à 92 ans, était un joueur de musique traditionnelle indienne qui a introduit les
sonorités du sitar et le raga dans la musique pop occidentale. A partir des
années 60, en collaborant avec d’imminents musiciens tels que John Coltrane et
George Harrison (en photo avec Monsieur Shankar ci-dessus), il a engendré les
types de mélanges de musique qui sont devenues les plus courantes. Harrison l’a
une fois surnommé « le parrain de la musique mondiale ».
Né en 1920 dans la Principauté de Benarés, une ville sainte indienne
aujourd’hui appelée Varanasi, Monsieur Shankar venait d’une famille artistique
et propère. Les Shankar étaient des Brahmanes, des membres de la caste la plus
élevée en Inde, et originaires du Bengale, une zone de l’Inde de l’Est qui est
l’origine de bon nombre de poètes, philosophes et réalisateurs de films. Leur
fils le plus agé était un danseur qui a travaillé avec Anna Pavlova, la plus
importante ballerine au monde du début du XXème siècle. Monsieur Shankar a
rejoint la troupe de danse de son frère en tournée à l’âge de 10 ans, mais à la
fin de son adolescence, il avait choisi le sithar, un instrument similaire à la
guitare en forme de gourde et des cordes à la fois melodiques et sympathiques (les
cordes sympathiques résonnent lorsque les cordes mélodiques sont pincées).
Mr Shankar a reçu des éloges en Inde en tant qu’interprète mais aussi en
tant que compositeur. Il a composé pour Satyajit Ray, un ami originaire du
Bengale qui est encore considéré comme l’un des meilleurs réalisateurs du pays.
Il a commencé à enseigner à des musiciens de jazz américains, tels que John
Coltrane et Don Ellis, et a également enregistré des albums avec Yehudi
Menuhin, un violoniste américain, et Philip Glass, l’un des compositeurs du XXème
siècle les plus influents. Mais il est peut-être plus connnu pour son influence
sur les Beatles (Harrison, le guitariste du groupe, était tellement fasciné par
Monsieur Shankar qu’il s’est rendu en Inde afin de prendre des leçons de sitar
auprès de lui.
La musique était également l’épine dorsale de sa vie personnelle. Sa première
épouse s’appelait Annapurna Devi et était la fille de son gourou et une
brillante joueuse de sitar. Une biographie de 2005 de Madame Devi dévoile que
son mari l’avait fait promettre de ne
pas jouer en public afin de ne pas lui faire de l’ombre. A la fin des années
1940, Monsieur Shankar a débuté sa relation avec Kamala Shastri, une danseuse. Il
a par la suite rencontré Sue Jones, une productrice de concerts avec qui il a
eu une fille en 1979, Norah Jones, une chanteuse qui a gagné neuf Grammy
Awards. En 1989, il s’est marié avec Sukanya Rajan. Leur fille, Anoushka
Shankar, est également une joueuse de sitar qui s’est produit régulièrement
avec son père ces dix dernières années.
Sur le papier, Monsieur Shankar était un parfait gourou pour le mouvement hippy,
aux longs cheveux et brûlant de l’encens. Mais, les années suivantes, il a
admis qu’il n’était pas complètement à l’aise avec les festivals hédonistiques
de Californie des années 60, tels que le Festival de Monterey et Woodstock. Les
drogues, le grabuge, et l’engouement court termiste pour n’importe quel type de
musique le troublaient. Il pensait que la guitare en feu de Jimi Hendrix était
« le plus grand sacrilège possible ». Toutefois, il a continué ses
collaborations avec la musique pop même si certains musiciens en Inde, peut-être
envieux, l’ont critiqué pour son travail avec des popstars occidentales. Une
semaine avant son décès, lui avait été annoncé qu’il recevrait une récompense
pour l’ensemble de sa carrière lors de la prochaine cérémonie des Grammys en
février 2013.

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