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mercredi 9 janvier 2013

En mémoire de Ravi Shankar


Le parrain de la musique mondiale

Juin 1967, un festival de musique en Californie. Un joueur de sitar, d’un âge moyen, regarde Jimi Hendrix mettre feu à sa guitare. La foule applaudit, et Ravi Shankar est horrifié.
Monsieur Shankar, décédé le 11 décembre à 92 ans, était un joueur de musique traditionnelle indienne qui a introduit les sonorités du sitar et le raga dans la musique pop occidentale. A partir des années 60, en collaborant avec d’imminents musiciens tels que John Coltrane et George Harrison (en photo avec Monsieur Shankar ci-dessus), il a engendré les types de mélanges de musique qui sont devenues les plus courantes. Harrison l’a une fois surnommé « le parrain de la musique mondiale ».

Né en 1920 dans la Principauté de Benarés, une ville sainte indienne aujourd’hui appelée Varanasi, Monsieur Shankar venait d’une famille artistique et propère. Les Shankar étaient des Brahmanes, des membres de la caste la plus élevée en Inde, et originaires du Bengale, une zone de l’Inde de l’Est qui est l’origine de bon nombre de poètes, philosophes et réalisateurs de films. Leur fils le plus agé était un danseur qui a travaillé avec Anna Pavlova, la plus importante ballerine au monde du début du XXème siècle. Monsieur Shankar a rejoint la troupe de danse de son frère en tournée à l’âge de 10 ans, mais à la fin de son adolescence, il avait choisi le sithar, un instrument similaire à la guitare en forme de gourde et des cordes à la fois melodiques et sympathiques (les cordes sympathiques résonnent lorsque les cordes mélodiques sont pincées).
Mr Shankar a reçu des éloges en Inde en tant qu’interprète mais aussi en tant que compositeur. Il a composé pour Satyajit Ray, un ami originaire du Bengale qui est encore considéré comme l’un des meilleurs réalisateurs du pays. Il a commencé à enseigner à des musiciens de jazz américains, tels que John Coltrane et Don Ellis, et a également enregistré des albums avec Yehudi Menuhin, un violoniste américain, et Philip Glass, l’un des compositeurs du XXème siècle les plus influents. Mais il est peut-être plus connnu pour son influence sur les Beatles (Harrison, le guitariste du groupe, était tellement fasciné par Monsieur Shankar qu’il s’est rendu en Inde afin de prendre des leçons de sitar auprès de lui.
La musique était également l’épine dorsale de sa vie personnelle. Sa première épouse s’appelait Annapurna Devi et était la fille de son gourou et une brillante joueuse de sitar. Une biographie de 2005 de Madame Devi dévoile que son mari l’avait fait  promettre de ne pas jouer en public afin de ne pas lui faire de l’ombre. A la fin des années 1940, Monsieur Shankar a débuté sa relation avec Kamala Shastri, une danseuse. Il a par la suite rencontré Sue Jones, une productrice de concerts avec qui il a eu une fille en 1979, Norah Jones, une chanteuse qui a gagné neuf Grammy Awards. En 1989, il s’est marié avec Sukanya Rajan. Leur fille, Anoushka Shankar, est également une joueuse de sitar qui s’est produit régulièrement avec son père ces dix dernières années.
Sur le papier, Monsieur Shankar était un parfait gourou pour le mouvement hippy, aux longs cheveux et brûlant de l’encens. Mais, les années suivantes, il a admis qu’il n’était pas complètement à l’aise avec les festivals hédonistiques de Californie des années 60, tels que le Festival de Monterey et Woodstock. Les drogues, le grabuge, et l’engouement court termiste pour n’importe quel type de musique le troublaient. Il pensait que la guitare en feu de Jimi Hendrix était « le plus grand sacrilège possible ». Toutefois, il a continué ses collaborations avec la musique pop même si certains musiciens en Inde, peut-être envieux, l’ont critiqué pour son travail avec des popstars occidentales. Une semaine avant son décès, lui avait été annoncé qu’il recevrait une récompense pour l’ensemble de sa carrière lors de la prochaine cérémonie des Grammys en février 2013.

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